Ouragans dans l’Atlantique : vers une saison extrême en 2024 ?
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La saison des ouragans qui vient de débuter et qui s’étend officiellement jusqu’à la fin novembre s’annonce particulièrement active et pourrait potentiellement atteindre des records. Cette prévision, largement partagée par les experts, s'appuie sur plusieurs facteurs clés.

En effet, les températures de l’océan Atlantique Nord ont atteint des niveaux sans précédent au cours de la dernière année, ce qui, combiné au possible retour de La Niña dans le Pacifique équatorial, pourrait augmenter l’activité des ouragans en 2024. 

L’ouragan Béryl : exceptionnellement puissant et précoce pour la saison des ouragans

Déjà à la fin du mois de juin, l’ouragan Béryl s’est très rapidement développé et intensifié pendant la fin de semaine de la fête du Canada pour atteindre la catégorie 5, soit la catégorie la plus élevée de l’échelle de Saffir-Simpson. Cette échelle classifie l’intensité des ouragans en fonction de la vitesse maximale du vent et les dommages matériels potentiels. Jamais un ouragan de cette intensité n’avait été observé aussi tôt dans la saison. 

Soulignons qu’au moment d’écrire ces lignes, Béryl a fait 11 morts sur son trajet, lors de son passage dans les îles des Caraïbes.   Il a ensuite poursuivi sa trajectoire vers la péninsule mexicaine du Yucatan, avant de toucher terre au Texas, tôt lundi matin (8 juillet 2024). Alors que les autorités américaines sont sur le pied d’alerte, Beryl a déjà provoqué d’importantes marées de tempêtes, de fortes pluies et des rafales de vents destructeurs dans le sud-est des États-Unis, privant plus de 2 millions de foyer d’électricité et causant la mort d’une personne. 

Le réchauffement record de l’Atlantique ; vecteur d’une saison active des ouragans

Les ouragans qui se forment dans l’Atlantique trouvent leur origine dans des perturbations atmosphériques appelées ondes d’est africaines. Ces ondes prennent naissance au large des côtes africaines et poursuivent leur route vers l’ouest. Pour se transformer en tempêtes tropicales, puis en ouragans, ces ondes nécessitent des eaux suffisamment chaudes, dont la température dépasse les 26,5°C, et ce, sur une période prolongée. 

Les années 2023 et 2024 ont été marqué par des températures record dans les eaux de l’Atlantique, notamment les tropiques, favorisant la formation et le développement de tempêtes et d’ouragans. Les températures élevées enregistrées sont d’ailleurs un indice important laissant présager une saison active et intense cette année.

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Figure 1 : Anomalies et extrêmes de la température de surface de la mer pour mai 2024.

Le possible retour de La Niña et son influence sur la saison des ouragans

Le possible retour de La Niña pourrait également contribuer à intensifier la saison des ouragans. En effet, ce phénomène climatique s’accompagne généralement d’une diminution de l’activité tropicale dans le Pacifique, mais une augmentation dans l’Atlantique. 

De plus, lors des épisodes de La Nina, les vents en haute altitude dans l’Atlantique tropical sont généralement plus faibles. Cette particularité entraine alors une diminution du cisaillement vertical du vent, c’est-à-dire la différence entre les vents de surface et de haute altitude. Par conséquent, ces conditions créent un environnement plus propice au développement et à l’intensification des ouragans. 

Prévision de la saison des ouragans de l’Atlantique en 2024

Selon les données de la plateforme du Barcelona Supercomputing Center - Centro Nacional de Supercomputación (BSC-CNS), qui regroupe les prévisions saisonnières de plus de 25 centres à travers le monde, l’année 2024 devrait connaître une saison des ouragans d’une ampleur inédite depuis sa mise en service en 2016. 

Les prévisions saisonnières estiment d’ailleurs une moyenne de 11 ouragans, un chiffre supérieur à la moyenne de 7 ouragans habituellement observés par saison. Le BSC-CNS prévoit également un nombre record d'ouragans majeurs, c'est-à-dire de catégorie 3 à 5 sur l'échelle de Saffir-Simpson. En effet, 5 ouragans majeurs sont anticipés, ce qui constitue le chiffre le plus élevé jamais enregistré par la plateforme.

À titre comparatif, le plus grand nombre d’ouragans majeurs observé au cours d’une saison est de 7, atteint en 2005 et égalé en 2020. En effet, en 2005, quatre de ces ouragans majeurs - Dennis, Katrina, Rita et Wilma - ont frappé la zone continentale des États-Unis, causant des dommages matériels estimés à environ 165 milliards de dollars américains. 

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Figure 2 : Image satellite de l'ouragan Katrina en 2005, touchant terre sur la cote-est américaine. (tiré de NOAA, s.d.)

Des communautés et des infrastructures à risques en zones côtières

Bien qu’il soit impossible de projeter la trajectoire que peuvent prendre les ouragans des mois à l’avance, il n’en reste pas moins qu’une saison plus active et intense favorise un plus grand nombre d’ouragans susceptibles de toucher terre. 

Ainsi, les régions côtières de l'Atlantique Nord, y compris les Caraïbes et la côte est des États-Unis, sont particulièrement à risque face à cette nouvelle saison. Ces communautés devront donc se préparer à des impacts potentiellement dévastateurs, avec des risques accrus de fortes précipitations, d'inondations, de vents violents et de raz-de-marée de tempête. Les communautés et les infrastructures côtières, déjà sous pression en raison de la montée du niveau de la mer, pourraient alors subir des dommages importants.

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Figure 3 : Conséquences de l’ouragan Fiona dans les provinces atlantique du Canada en 2022 (tiré de Canadian Underwritter, 2022). 

Bien que les données actuelles ne permettent pas d’établir une prévision précise du risque dans l’est du Canada et du Québec, la prudence est de mise. En effet, les événements des dernières années ont montré que ces régions ne sont pas à l’abri des ouragans. Fiona, qui a frappé les provinces atlantiques en 2022, en est un exemple marquant. 

La préparation : la clé de l’adaptation 

Face à l’annonce d’une saison particulièrement active et intense, la préparation est donc plus que jamais essentielle. Les régions côtières doivent se mobiliser pour minimiser les dommages potentiels et protéger les communautés les plus vulnérables. 

En mettant en œuvre des mesures préventives, en renforçant nos systèmes d’alerte et de surveillance, et en sensibilisant les populations aux consignes de sécurité à adopter en cas de tempête, nous pouvons collectivement améliorer notre capacité à anticiper et réagir face à ces événements météorologiques extrêmes.
 

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