Que retenir du rapport du GIEC sur les impacts et l’adaptation aux changements climatiques ?
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Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a dévoilé, le 28 février dernier, le deuxième volet de son sixième rapport d’évaluation. Il traite cette fois-ci des impacts, de la vulnérabilité et de l’adaptation en lien avec les changements climatiques.  

Le bilan dressé par les quelque 270 scientifiques auteurs du rapport est alarmant : les changements climatiques ont des effets néfastes importants sur la nature, l’économie et les populations dans toutes les régions de la planète, affectant particulièrement les plus vulnérables.

Il ne fait aucun doute pour les experts : les risques sont graves, généralisés, systémiques et potentiellement irréversibles. L’étendue et l’ampleur des impacts sont plus grandes qu’estimées dans les rapports précédents. 

Des impacts généralisés, des risques croissants 

Les effets des changements climatiques sont de plus en plus visibles à travers le monde. L’augmentation de la température impacte les écosystèmes, la biodiversité et les populations. Selon le GIEC, tous les scénarios climatiques, même les plus optimistes, prévoient une augmentation de la température jusqu’en 2050. L’objectif de +1,5°C est d’ailleurs de plus en plus incertain et les prévisions de nombreux chercheurs se situent davantage autour de 3°C. Selon le GIEC, les contre-coups d’un tel réchauffement seront multiples.   

Une augmentation de la fréquence et de l’intensité des événements extrêmes liés aux changements climatiques est attendue, que ce soit les vagues de chaleur, les sécheresses, les inondations, les feux de forêt, etc. Une incidence certaine se fera sentir sur les infrastructures, l’agriculture, la disponibilité en eau et le transport, pouvant causer des bris de la chaine d’approvisionnement et ultimement augmenter l’insécurité alimentaire des populations.  

Les changements observés dans les températures de l’air, du sol, des étendues d’eau douce et des océans, contribueront à la restructuration des écosystèmes et la redistribution des espèces. L’augmentation des températures poussera plusieurs espèces à la limite de leur capacité d’adaptation. Celles ne pouvant le faire seront à risque d’extinction. La distribution des espèces sur le globe est donc appelée à changer. 

Tous ces risques ne doivent toutefois pas être vus seuls, mais pris dans un tout pouvant générer des effets cumulatifs comme ce fut le cas dans l’Ouest canadien l’an dernier. L’effet de cascades est visible : la hausse des températures augmente le niveau de sécheresse qui contribue aux feux d’une forêt en mauvaise santé, forêt qui, une fois décimée, ne peut intercepter l’eau de pluie qui s’écoule vers les vallées augmentant la rapidité des inondations.  

Il est indéniable que toutes ces transformations climatiques ont aussi un impact conséquent sur la santé et le bien être des populations, notamment les plus vulnérables. Le GIEC souligne d’ailleurs que les événements extrêmes peuvent provoquer de nombreux décès ou faciliter l’émergence de maladie, mais également de l’anxiété et créer des traumatismes psychologiques.  

Qu’en est-il du Québec ? 

La province ne fait pas exception et plusieurs impacts observés sont cohérents avec les tendances climatiques mondiales. Bris d’infrastructures, surcharges des réseaux d’égouts, problèmes de santé liés aux chaleurs extrêmes, problèmes de rendements agricoles, érosion côtière, pertes d’habitats fauniques, etc., il ne s’agit que de quelques exemples des conséquences déjà ressenties des changements climatiques au Québec. 

Si le réchauffement global dépasse les 1,5°C souhaités par l’accord de Paris, cela pourrait se traduire par une hausse pouvant aller jusqu’à 7°C selon les régions et les scénarios les plus graves. Les nombreux impacts à venir auront des conséquences sur le cadre bâti, les activités économiques, sur la santé et la sécurité des québécois et sur la qualité de nos écosystèmes.   

Naturellement, ces impacts anticipés varieront beaucoup en fonction des stratégies d’adaptation et de résilience qu’adopteront les différentes villes et régions du Québec, qu’elles soient côtières, agricoles, nordiques ou urbanisées. De nombreuses initiatives sont déjà déployées à travers la province et commencent à inspirer une nouvelle génération d’acteurs de l’adaptation aux changements climatiques. 

Dans le cadre de la série de rapports Le Canada dans un climat en changement, Ressources Naturelles Canada proposera prochainement un chapitre « Québec » faisant état des connaissances sur les impacts observés et appréhendés des changements climatiques sur la population, l’environnement naturel, les milieux bâtis, les secteurs économiques du Québec, ainsi que sur les mesures et initiatives d’adaptation dans la province. Le texte présente les nouvelles connaissances et les résultats des recherches publiées depuis la dernière édition de la Synthèse des connaissances sur les changements climatiques au Québec 2015 d’Ouranos.  

Urgence de s’adapter : est-il trop tard ? 

L’urgence et la complexité de la crise climatique exigent des actions d’une profondeur et d’une ampleur nouvelles. Combinée à des efforts de réduction de GES, la mise en place de mesures d’adaptation se présente comme une opportunité que les décideurs du monde entier se doivent de saisir. Et le chemin est heureusement amorcé par plusieurs gouvernements et acteurs du terrain. 

En effet, depuis la publication de son rapport précédent, les experts du GIEC remarquent une augmentation des actions d’adaptation dans le monde. Les progrès se remarquent par exemple lors de la mise en place de pratiques d’aménagement du territoire favorisant la rétention de l’eau dans des milieux humides et autres milieux naturels, pour prévenir les inondations; ou encore par la mise en place de mesures de conservation, de protection ou de restauration de certains écosystèmes pour leur permettre de s’adapter aux impacts des changements climatiques. 

Bien que de plus en plus répandues, ces solutions sont toutefois trop souvent mineures, marginales et réactives. Leur portée est insuffisante pour faire face aux impacts de l’augmentation des températures. Autrement dit, les risques envisagés nécessitent des changements plus importants et transformateurs dans nos comportements et nos infrastructures qui doivent prendre en compte les scénarios de changements climatiques. La mise en place de solutions ambitieuses est donc nécessaire pour s’adapter rapidement dans une vision à long terme. Cela permettrait d’augmenter la résilience, de réduire les risques à des niveaux tolérables et ainsi d’assurer une atteinte des objectifs de façon équitable, inclusive et juste. 

Le rapport note également qu’en investissant dès maintenant dans l’adaptation, le monde évitera des coûts encore plus importants à l’avenir, car les avantages potentiels des activités d’adaptation l’emportent sur leurs coûts à long terme. En outre, l’adaptation peut générer des avantages multiples. Finalement, le rapport confirme encore une fois qu’au-delà de comprendre les impacts, la science permet aussi d’élaborer des solutions intégrées.

 

Figure 1

Source : https://www.ipcc.ch/report/ar6/wg2/figures/summary-for-policymakers/figure-spm-5/

 


Également disponible :

Rapport du Groupe de travail I (9 août 2021)
Rapport du Groupe de travail III (4 avril 2022)
Rapport synthèse (à venir – septembre 2022)
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À propos du rapport du Groupe II

Signé par plus de 270 scientifiques, représentant 67 pays et 675 auteurs collaborateurs, le rapport complet regroupe plus de 34 000 références et intègre 62418 observations formulées par les experts et gouvernements. Il a été approuvé par les 195 gouvernements membres de l’ONU. 

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