Entre deux crises : climat et biodiversité
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Peut-on parler de changements climatiques sans considérer le déclin de la biodiversité? La réponse est complexe, mais en regardant ces deux crises dans leur ensemble, elle est sans équivoque : non.

Une synthèse de nombreuses études estimait en 2019 qu’environ 5 % des espèces seraient menacées d’extinction avec un réchauffement mondial limité à 2 °C depuis l’ère préindustrielle (1850-1900). Ce chiffre grimpe jusqu’à 16 % si la hausse atteignait 4,3 °C. Rappelons-nous qu’en 2024, la moyenne mondiale dépassait déjà 1,5 °C.

Le déclin de la biodiversité affecte aussi le climat : les recherches montrent que les écosystèmes marins et terrestres séquestrent près de 60 % du carbone émis. Leur dégradation amplifie ainsi l’effet de serre et contribue au réchauffement.

La biodiversité et les écosystèmes jouent des rôles clés, entre autres, dans le cycle du carbone et la régulation des eaux. Par ailleurs, c’est maintenant bien documenté : le changement climatique est l’un des principaux moteurs de la perte de biodiversité. Il s’ajoute à d’autres facteurs comme la perte d’habitats, la pollution, les espèces invasives et les maladies. 

Ces deux grandes crises du 21e siècle sont donc interconnectées, complexes et présentent des risques pour les écosystèmes et la société humaine.

sol forêt mousse

La biodiversité aux prises avec le réchauffement du climat

Le Québec connait depuis quelques années des records de température : on se souviendra notamment de 2024 comme l’année la plus chaude en 109 ans dans la province. 

La hausse des températures, combinée à la modification du régime de précipitations et des événements climatiques extrêmes, modifie le fonctionnement et l’équilibre des écosystèmes. 

Mais comment cela se produit-il? 

Le cycle de vie de nombreuses espèces dépend fortement des conditions saisonnières (feuillaison, migrations, nidification, etc.). Des modifications rapides peuvent réduire leur résilience ou limiter leur capacité à se déplacer vers des habitats plus favorables. Si elles ne réussissent ni à s’acclimater ni à migrer, certaines espèces risquent de disparaitre, transformant progressivement les écosystèmes. 

Ensuite, nous pourrions observer le déclin rapide des espèces locales, notamment en raison des pressions soudaines provoquées sur les écosystèmes par les événements climatiques extrêmes comme les feux de forêt, les inondations et les épisodes de chaleur extrêmes.

Sur un autre plan, des espèces invasives et des populations venant du sud pourraient se déplacer vers le nord si les conditions sont plus propices à leur survie, un phénomène amplifié par les conditions changeantes, les milieux perturbés et les niches écologiques vacantes. Dans certaines régions comme le Québec, ce phénomène pourrait causer une augmentation nette de la biodiversité à l’échelle locale, notamment dans le centre de la province.

Toutefois, cette augmentation de la biodiversité n’est pas automatiquement synonyme de bonne nouvelle. Ces changements modifient les relations entre les espèces et peuvent créer des effets en cascade difficiles à prévoir. L’incertitude complexifie la planification de secteurs d’activité fortement dépendants de la biodiversité, comme la foresterie, l’agriculture et la pêche.

 
Quand une biodiversité saine régule le climat…

De façon générale, nous pouvons tout de même poser la prémisse suivante : plus un écosystème est diversifié, plus il est résilient aux perturbations climatiques. 

Cette résistance repose notamment sur la force des interactions entre les espèces végétales, animales et les microorganismes ainsi que la connectivité des habitats. Ainsi, un écosystème en santé compte davantage d’espèces capables d’assurer des fonctions essentielles, dont la pollinisation, la vitalité des sols, la qualité de l’eau et la séquestration du carbone.

Le cas des espèces photosynthétiques

Prenons l’exemple bien connu des espèces photosynthétiques, comme les plantes, les algues, les cyanobactéries et autres microorganismes. Elles absorbent le dioxyde de carbone (CO ₂), stockent le carbone et libèrent de l’oxygène, un processus qui contribue à réduire la quantité de carbone dans l’atmosphère.

… ou quand une biodiversité déréglée alimente un cercle vicieux

À l’inverse, la déforestation et les feux de forêt réduisent la capacité de stockage des forêts. De plus, la biomasse en décomposition et la fumée des incendies de végétation relâchent dans l’atmosphère du carbone ayant déjà été séquestré. 

Le déclin de la biodiversité affaiblit aussi les fonctions naturelles qui limitent les impacts des changements climatiques à l’échelle locale. Par exemple, la réduction de la végétation en milieu urbain, combinée aux surfaces minéralisées comme l’asphalte, favorise l’augmentation des températures près du sol et accentue les îlots de chaleur. 

La perte de couvert végétal accélère également l’érosion des sols. Sans racines pour les stabiliser, les terrains deviennent plus vulnérables aux pluies intenses, ce qui expose davantage les milieux naturels et les infrastructures situés en bordure des plans d’eau.

 

pissenlit vent

 

Deux crises indissociables

Devant l’ampleur des bouleversements en cours, il est essentiel de considérer la crise climatique et de la biodiversité comme un même combat et de les traiter dans une stratégie unifiée.

Protéger les écosystèmes et augmenter leur résilience permet à la fois de réduire les émissions de gaz à effet de serre, de s’adapter aux impacts des changements climatiques et de préserver les services essentiels de la nature dont dépendent nos sociétés. Inversement, atténuer le réchauffement climatique limite les pressions sur les espèces et les habitats. 

Miser sur des solutions fondées sur une nature qu’on protège par une planification cohérente représente une voie incontournable pour affronter ces deux crises indissociables.

Il existe des voies pour guider cette planification, comme le Cadre mondial pour la biodiversité Kunming-Montréal, auquel le Québec s’engage à appuyer les objectifs. Il propose des cibles comme la restauration de 30 % des écosystèmes dégradés, l’aménagement participatif, intégré et inclusif du territoire et la prise de mesures juridiques, administratives et politiques pour encourager les entreprises à réduire leurs impacts sur la biodiversité.

Mais affronter cette double crise nécessite plus qu’un engagement politique. Il faut l’action concertée de tous les acteurs de la société. En misant sur la coopération, le partage des savoirs et l’innovation, il devient possible de transformer ces crises en levier de changement durable. L’avenir dépend désormais de notre capacité à agir ensemble.

Le saviez-vous?
Quelle est la différence entre « biodiversité », « écosystème » et 
« nature »?

La biodiversité désigne la variété et la variabilité du vivant, alors qu’un écosystème est un ensemble dynamique formé par une communauté d’êtres vivants et leur milieu non vivant (eau, air, sol, climat local) liés par leurs interactions. Enfin, la nature désigne l’ensemble des éléments non fabriqués par l’humain.

2026 : une année clé pour la biodiversité

Signe de l’importance du sujet, plusieurs événements sur la biodiversité ont eu lieu ou auront lieu en 2026, tant au Québec, au Canada qu’à l’international.

Événements au Québec
Événement au Canada
Événement à l’international
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