Évaluation spatiale du risque de consommation d’eau (potable) contaminée en période d’inondation

Ce projet permettra le développement d'un outil d’aide à la décision territoriale pouvant éventuellement être appliqué à tout le territoire québécois. Il contribue également et à l'augmentation de la protection et de la résilience des communautés.

Détails du projet
Programmation scientifique
Programmation 2020-2028
Thématique(s) et priorité(s)
Événements extrêmes
Début et durée
Juin 2022 • Mars 2026
Statut du projet
Terminé
Projet lié
Soutien à INFO-Crue
 
Responsable(s) scientifique(s)
Geneviève Bordeleau
INRS
Roxane Lavoie
Université Laval
Karem Chokmani
INRS
Hachem Agili
Geosapiens

Contexte

Dans un contexte marqué par l’intensification des changements climatiques, les inondations constituent un risque de plus en plus préoccupant. Leurs impacts dépassent les dommages matériels et touchent également la sécurité de l’eau destinée à la consommation humaine, en particulier pour les ménages qui s’approvisionnent à partir de puits privés.

Ce projet, à caractère interdisciplinaire, a pour objectif d’analyser les enjeux de contamination des eaux souterraines résidentielles lors d’événements d’inondation, en mobilisant à la fois des approches environnementales et sociales. En croisant des données scientifiques avec l’analyse des perceptions et des expériences des citoyens, la recherche met en évidence les réalités et les vulnérabilités propres aux communautés riveraines. L’étude se concentre sur la municipalité de Stoneham-et-Tewkesbury, où la population dépend des nappes phréatiques pour son approvisionnement en eau. L’articulation d’analyses physico-chimiques et microbiologiques avec des témoignages issus du vécu des résidents permet de formuler des pistes d’action concrètes, favorisant une meilleure adaptation collective face aux aléas hydrométéorologiques.

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Objectif(s)

  • Objectif 1 : Caractériser l’évolution de la qualité de l’eau des puits résidentiels en lien avec les épisodes d’inondation.

  • Objectif 2 : Analyser les déterminants environnementaux associés aux risques de contamination et les mécanismes d’intrusion d’eau de surface dans les puits, le cas échéant.

  • Objectif 3 : Examiner les représentations sociales et les pratiques liées à l’usage de l’eau potable en situation d’inondation.

  • Objectif 4 : Élaborer de manière collaborative des recommandations favorisant une gestion adaptative et résiliente de l’eau potable.

Ce projet s’inscrit dans l’initiative INFO-Crue mise sur pied par le MELCCFP et dans l’un des axes de recherche du Réseau Inondations interSectoriel du Québec.

INFO-CRUE RIISQ

Méthodologie

  • Échantillonnage de l’eau de 13 puits privés et de 3 sites de prélèvement d’eau de surface.

  • Collecte répétée d’échantillons (jusqu’à 15 échantillonnages par site) au cours du projet afin de cibler les périodes avant, pendant et après les inondations.

  • Mesures en continu des niveaux d’eau dans 4 puits privés, et développement d’un protocole de traitement des séries temporelles de données pour éliminer l’effet du pompage domestique sur les niveaux d’eau mesurés.

  • Analyse de paramètres physico-chimiques (température, pH, conductivité électrique, potentiel d’oxydo-réduction, oxygène dissous) et microbiologiques (bactérie E. coli, coliformes totaux), ainsi que de la composition isotopique stable de l’eau (δ18O, δ2H) dans les échantillons.

  • Analyse statistique multivariée des différents paramètres mesurés.

  • Entrevues semi-dirigées auprès de 7 propriétaires de puits et 3 acteurs du milieu (représentants d’organismes).

Résultats

  • Les puits privés de la zone d’étude présentent une vulnérabilité généralisée à la contamination microbiologique, qui ne se limite pas exclusivement à la période immédiate des inondations. La majorité des puits étudiés ont montré la présence de coliformes totaux et, plus sporadiquement, d’E. coli après les crues, avec des concentrations maximales observées dans les 7 jours suivant les événements.

  • Les puits situés hors plaine inondable sont davantage soumis à des contaminations brèves mais intenses après de fortes pluies, tandis que les puits en zone inondable présentent une contamination plus continue, mais généralement aussi plus modérée.

  • Les mécanismes d’intrusion d’eau de surface dans les puits varient selon le contexte hydro-géomorphologique.

  • Le croisement d’indicateurs isotopiques, géochimiques, microbiologiques et hydrodynamiques permet de mieux caractériser la vulnérabilité des aquifères.

  • Les résultats soulignent des enjeux sanitaires importants, justifiant des protocoles de suivi et de traitement de l’eau qui doivent s’étendre au-delà de la seule phase de décrue.

  • Malgré cela, les propriétaires de puits procèdent très rarement à des suivis (analyses) de qualité de l’eau et en période d’inondation la plupart d’entre eux ne modifient pas leurs habitudes de consommation d’eau et ignorent les procédures recommandées, révélant une faible perception du risque.

  • Les nouveaux propriétaires et les ménages avec enfants démontrent toutefois une sensibilité accrue et adoptent davantage de comportements préventifs.

  • L’étude met en évidence plusieurs barrières : manque de connaissances, coûts des analyses, méfiance envers les institutions et absence d’obligation réglementaire.

  • Lorsque des tests d’eau sont effectués et qu’ils révèlent une contamination, ces derniers constituent un puissant levier d’action pour remédier à la situation.

  • Les résultats soulignent ainsi l’importance d’une communication scientifique crédible, d’un meilleur transfert d’informations ancrées localement, et d’actions concertées de différents acteurs pour réduire la vulnérabilité des ménages qui dépendent d’un puits privé.

Retombées pour l'adaptation

Retombées pour l'adaptation

Démonstration de façon non équivoque de la vulnérabilité des puits privés à la contamination microbiologique en période d’inondations et de fortes pluies, particulièrement à l’intérieur d’une période de 7 à 14 jours suivant ces épisodes.

Les recommandations d’analyses et de traitement de l’eau de puits du Gouvernement du Québec lors d’inondations sont adéquates mais pourraient s’étendre à tous les puits (inondés ou non) lors d’épisode de fortes pluies. D’autre part, ce projet tout comme d’autres auparavant, ont démontré que ces recommandations ne sont ni connues ni suivies par les propriétaires de puits.

Il est plus important que jamais de développer des stratégies avec divers acteurs du milieu afin de réduire les barrières à l’analyse et au traitement de l’eau, et d’accompagner les propriétaires de puits dans ces démarches.

Publications scientifiques

Date
Titre
Auteur
Type de document
Langue(s)
2026
Évaluation spatiale du risque de consommation d’eau (potable) contaminée en période d’inondation
Bordeleau G., Lavoie R.,Chokmani K., ben Arous Y…
Français

Financeur(s)

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