Depuis quelques mois, différentes organisations météorologiques suggèrent le développement d’un épisode El Niño, voire un « Super El Niño », au cours de l'année.
Alors que les températures mondiales battent des records, le possible retour de ce phénomène naturel pourrait agir comme un amplificateur de chaleur au réchauffement climatique en cours. Les conséquences pourraient être importantes avec des perturbations climatiques à grande échelle.
Que signifierait l’émergence d’un nouvel El Niño pour un climat mondial déjà en changement ?
Qu’est-ce qu’El Niño ?
El Niño correspond à la phase chaude d’un cycle irrégulier nommé El Niño-Southern Oscillation (ENSO). Ce cycle est défini par une oscillation de la température à la surface de l’océan Pacifique équatorial. Cette augmentation de température (dans le cas d'El Niño) peut mener à des changements importants de précipitation et de température dans plusieurs régions du monde en raison de son impact sur la circulation atmosphérique du globe.
Pour en savoir plus :
Les signaux se renforcent : un épisode El Niño est en formation
Après une phase La Niña en 2025 et au début de 2026, les modèles de prévisions d'ENSO s’entendent maintenant sur la formation d'un El Niño au cours des prochains mois.
À l’heure actuelle, la seule question qui semble rester en suspens concerne son intensité. En effet, El Niño souffre d'une barrière de prévisibilité au printemps qui limite la capacité des modèles à prévoir l’état d’ENSO trop tôt dans l’année. Maintenant que cette barrière commence à être derrière nous, la confiance envers la prévision des différents modèles augmente progressivement. Mais que nous indiquent-ils ?
Avant de répondre à cette question, il importe de rappeler comment l’intensité d’un épisode El Niño est définie. Les climatologues déterminent qu'un El Niño est en cours lorsque la température moyenne dans le Pacifique équatorial est dépassée de 0.5°C. Son intensité peut ensuite être classée selon l’ampleur de l’anomalie de température observée :
Entre 0,5°C et 1°C : El Niño de faible intensité
Entre 1°C et 1,5°C : El Niño modéré
Entre 1,5 °C et 2 °C : El Niño fort/élevé
Même si le terme « Super El Niño » n’est pas une appellation scientifique standard, on utilise généralement cette expression pour désigner un épisode El Niño lorsque l’anomalie de température dépasse 2 °C.
Alors, que disent les dernières prévisions des modèles?

Figure 1 : Prévisions multisystèmes du C3S pour l’anomalie de l’indice NINO 3.4. Les lignes indiquent les 10e, 25e, 50e (médiane), 75e et 90e centiles. L’anomalie de température est calculée par rapport à la climatologie de 1981-2010 (tiré de : Copernicus, 2026).
Comme l’indique la figure, plusieurs modèles prévoient une anomalie de température dépassant les 2 °C, et certains vont même au-delà de 3°C. Selon l’anomalie de température atteinte, cet El Niño pourrait devenir le plus fort observé depuis longtemps.
Si l’anomalie de température atteignait les 2.5 °C, il pourrait nous rappeler les épisodes de 1982-1983 et de 1997-1998. Selon une étude récente, ces épisodes avaient mené à des pertes économiques estimées respectivement à 4,100 milliards et 5,700 milliards de dollars à l’échelle mondiale. Ces pertes ont été causées des inondations dévastatrices, des sécheresses qui détruisent les récoltes et d'une recrudescence des maladies tropicales.
Si l’anomalie excédait 2,5 °C, comme le suggèrent certains modèles, nous pourrions alors faire face à un épisode historique, sans équivalent dans les observations récentes, car de manière générale, plus l'intensité d'un El Niño est élevée, plus les impacts de celui-ci sont importants.
Au Canada, El Niño se traduit généralement par des hivers plus chauds dans l’ouest du pays. Le phénomène a généralement peu d’influence au Québec.
Des records de chaleur sous l’effet combiné d’El Niño et du réchauffement climatique
El Niño agit comme un véritable amplificateur de chaleur à l’échelle de la planète. Il est en grande partie responsable des fluctuations qui ponctuent la hausse constante des températures moyennes mondiales. Il s’ajoute également à la tendance générale de réchauffement déjà provoquée par les activités humaines. Résultat : lorsque les deux s'additionnent, les températures mondiales ont tendance à grimper encore davantage.
Les années 2023 et 2024 en sont un bon exemple. Toutes deux ont été marquées par des records de chaleur en partie attribuables à El Niño. L'année 2024 a d’ailleurs été désignée comme la plus chaude jamais enregistrée, avec des températures moyennes mondiales franchissant pour la première fois le seuil de +1,5 °C, par rapport à l’ère préindustrielle.
Les perspectives pour cette année et celles à venir restent dans cette lignée. Dès le début de l’année, Environnement et Changement climatique Canada prévoyait que 2026 figurerait parmi les années les plus chaudes jamais enregistrées, avec une température moyenne mondiale projetée autour de +1,44 °C, un niveau comparable à celui observé en 2023 et 2025. Le développement confirmé d’un nouvel épisode El Niño pourrait toutefois accentuer cette tendance et faire de 2026 la deuxième année la plus chaude jamais enregistrée. Certains experts craignent même qu’elle devienne la plus chaude des observations, dépassant le record atteint en 2024.

Figure 2 : L’année 2026 en route pour être la 2e plus chaude jamais enregistrée. La série temporelle représente la température moyenne du globe par rapport à la moyenne de la période 1850-1900 (tiré de : Carbon brief, 2026).
L’importance de s’adapter
Au-delà d’un éventuel épisode El Niño, qui pourrait temporairement accentuer la hausse des températures mondiales et accroître certains risques climatiques, la tendance de fond demeure sans équivoque. Le climat se réchauffe durablement et ses effets se font déjà sentir sur les sociétés, les économies et les territoires.
Ce constat souligne un double impératif. Il faut non seulement réduire les émissions de gaz à effet de serre, mais aussi accélérer la mise en place de mesures d’adaptation.
Concrètement, cela implique de repenser dès aujourd’hui les systèmes humains — qu’il s’agisse des milieux de vie, des systèmes alimentaires, de la disponibilité en eau, de l’économie, etc. — pour qu’ils soient conçus pour faire face au climat changeant. Le tout dans le but de renforcer notre résilience collective.