Comprendre la science du climat
Les nouvelles générations de Québécois vivront sous des conditions climatiques très différentes de ce que leurs aînés ont connu. Il est maintenant entendu que la hausse dans les concentrations de gaz à effet de serre agit directement sur la température globale qui augmente de manière graduelle.
Des analyses portant sur les données observées au cours des dernières décennies sont en cours et permettront de mieux préciser l’évolution passée des tendances en matière de précipitations et de températures.
Les variables sont des données mesurées directement dans l’environnement ou simulées par un modèle de climat à un instant précis. Elles englobent différentes variables météorologiques telles que la température, la vitesse du vent, le niveau de précipitations, l’humidité ou encore la pression atmosphérique.
On parle plutôt de variable météorologique lorsque l’on utilise ces observations pour qualifier les conditions météorologiques à un moment donné. En revanche, on parle de variables climatiques lorsque ces données brutes sont étudiées sur le plus long terme.
Les indicateurs climatiques sont dérivés des variables climatiques afin de rendre compte de l’évolution de divers phénomènes climatiques. Ils permettent, par exemple, de suivre la température moyenne annuelle, le nombre de jours supérieurs à 32°C ou encore le nombre de jours sans gel. Leur rôle est d’objectiver et de simplifier la compréhension des tendances climatiques, facilitant ainsi la prise de décision publique, la recherche ou la communication.
Certains phénomènes climatiques complexes s’expriment par la combinaison de plusieurs variables climatiques à la fois. Par exemple, l’évolution de la sécheresse météorologique (phénomène climatique) est généralement exprimée par le SPEI (Indice de Précipitation et d’Évapotranspiration Normalisé), un indicateur dérivé des variables de précipitations et d’humidité atmosphérique.
En somme, si ces variables climatiques servent d’abord à exprimer la météo, elles constituent aussi les intrants nécessaires pour étudier l’évolution des conditions climatiques sur le long terme à travers des indicateurs climatiques précis.
Une normale climatique est une valeur moyenne d’une variable climatique, calculée à partir d’observations sur un intervalle de temps historique de 30 ans, qui permet de définir les conditions climatiques « typiques » d’une région donnée
Une collection de faits saillants sur le climat du Québec
Les archives climatiques du Québec, maintenues par le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs, remontent à 1870 et permettent de recenser les événements climatiques marquants de la province. Depuis 2013, le ministère publie les faits saillants climatiques sur une base mensuelle et annuelle. On y couvre des phénomènes reliés aux températures, précipitations, couvert de neige, tempêtes, etc. Depuis quelques années, l’atteinte ou le dépassement de records est récurrent, notamment pour la chaleur tant moyenne qu’extrême.
Les températures
L’année 2024 s’est imposée comme la plus chaude enregistré dans les archives du Québec, avec une moyenne de température dépassant de 3.9°C la normale du 20e siècle. De son côté, l’année 2025 se classe au 6e rang des plus chaudes.
À titre de comparaison l’année 2024 a été la plus chaude observée à l’échelle mondiale depuis 175 ans, affichant 1,5 °C de plus que la moyenne de la période préindustrielle (1850-1900).
Depuis quelques années, le Québec et les provinces de l’Atlantique affichent des hausses de températures annuelles moyennes moins élevées que le reste du Canada. Entre 1948 et 2024, la température moyenne annuelle canadienne a augmenté de 2.4°C, tandis qu’au Québec, l’augmentation enregistrée depuis 1915 s’élève à 1.9°C (Figure 1).
Cet écart s’explique en partie par les grandes oscillations naturelles qui font varier le climat sur le continent nord-américain d’un océan à l’autre (voir la section Contexte). Ces oscillations sont entre autres responsables du réchauffement plus rapide dans l’Ouest canadien durant la seconde moitié du XXe siècle.

Figure 1 : Anomalies de température observées au Québec de 1915 à 2024, tirées des archives du réseau de suivi du Climat du Québec. Sources : ministère de l’Environnement, de la lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP)
Un réchauffement accéléré au nord
À l’échelle nationale, la température moyenne annuelle du Canada a augmenté près de deux fois supérieure à la moyenne mondiale. Cette hausse n’est toutefois pas uniforme : le réchauffement est nettement plus marqué dans le nord que dans le sud du pays.
Dans le nord du Canada, la température annuelle a ainsi augmenté environ trois fois plus rapidement que le taux de réchauffement mondial. Ce constat s’applique également au Québec : bien que les températures moyennes aient augmenté sur tout le territoire, la tendance est plus marquée pour la partie nord de la province (figure 2).
Changements saisonniers
Pour l’ensemble du Québec, les températures très chaudes en été ont augmenté, tant le jour que la nuit. On observe également un allongement de près d’un mois de la saison sans gel et de la période de croissance agricole. En plus d’un automne plus long et plus chaud, les hivers sont plus courts et moins froids avec des températures hivernales se réchauffant de jour comme de nuit. Avec des automnes plus longs et plus chauds, on observe des hivers plus courts et moins froids. En effet, les températures très froides en hiver se sont réchauffées le jour et la nuit. Enfin, le nombre annuel de jours affichant des événements de gel/dégel est en diminution.

Figure 2 : Augmentations observées (°C) dans les températures moyennes annuelles au Québec entre 1948 et 2016. Source : adaptée de la figure 2 de Vincent et coll., 2015.
Mais pourquoi le nord se réchauffe-t-il plus rapidement?
C’est, entre autres, à cause de la réduction de l’albédo. La neige et la glace réfléchissent une bonne part du rayonnement solaire reçu, alors que l’eau l’absorbe presque entièrement.
Avec le réchauffement climatique, la quantité de neige et de glace diminue, réduisant cette réflexibilité de la Terre (effet d’albédo). Les surfaces terrestres et aquatiques plus sombres absorbent plus de rayonnement solaire, ce qui ajoute de la chaleur au système climatique. Ainsi par un cet effet rétroactif, le réchauffement global est amplifié au fur et à mesure que le couvert de neige et de glace initiale diminue.
Le surplus d’énergie solaire ainsi absorbée par les océans entraine également un ralentissement de la formation de la glace en surface. Cette situation génère alors un report des dates habituelles de gel.
Les précipitations
Historiquement, le Québec bénéficie d’une abondance de précipitations qui varie beaucoup sur le territoire. Le vaste corridor longeant la vallée du Saint-Laurent reçoit les plus grandes quantités, avec des accumulations dépassant 1000 mm/an, tandis que le Nunavik en reçoit environ la moitié, soit 500 mm/an.
Entre 1948 et 2012, les précipitations annuelles moyennes ont augmenté de 10,5% à l’échelle de la province. Ces hausses sont plus importantes dans le nord où elles atteignent 35% alors qu’elles se limitent à une variation de 5 à 15% dans le Sud. À l’inverse, certaines régions, comme les environs de la Baie James, affichent des changements nuls ou légèrement à la baisse (Figure 3).

Figure 3 : Changements observés (%) dans les précipitations totales annuelles au Québec de 1948 à 2012 d’après les tendances linéaires. Source : adaptée de la figure 4 de Vincent et coll., 2015.
Changements saisonniers et diminution de la neige
Sur une base saisonnière, toujours entre 1948 et 2012, les augmentations moyennes sur la province sont plus élevées au printemps et à l’automne (environ 20%) qu’en été et en hiver (environ 6%). Des diminutions saisonnières sont toutefois visibles dans quelques régions, notamment pendant l’hiver dans le sud-est de la province, ainsi qu’au printemps et en été près de la Baie James.
De plus, les précipitations sous forme de neige par rapport à la pluie ont diminué au cours des dernières décennies. Ces réductions s’avèrent plus importantes au printemps et à l’automne, notamment à cause du réchauffement durant ces deux saisons.
Analyse des indicateurs de précipitation
Différents indicateurs ont été analysés pour caractériser les changements climatiques observés dans les précipitations. Entre 1948 et 2012, le nombre de jours de pluie intense a augmenté de manière significative au Québec.
D’autres indicateurs, comme le nombre de jours de pluie et la hauteur de pluie et de neige maximale en 1 jour, affichent une légère hausse, alors que le nombre de jours avec des chutes de neige a légèrement diminué. Pour l’ensemble du Canada, les observations disponibles ne permettent toutefois pas de confirmer des changements dans les quantités de précipitation extrêmes, accumulées sur une période d’un jour ou moins.
Pour en savoir davantage sur les changements observés de température, vous pouvez consulter la synthèse des connaissances actuelles: