Conséquences Attendues Survenant en Contexte d'Aggravation des Déficits d'Eau Sévères au Québec - Phase 2 (CASCADES 2) - Récits territoriaux
La phase 2 de ce projet amorce une documentation de la chaîne de propagation des conséquences des manques d'eau à l'échelle provinciale sous l'angle de leurs effets en cascades sur le bien-être des populations humaines et des écosystèmes.
Détails du projet
Responsable(s) scientifique(s)
Contexte
Plusieurs épisodes d’étiages sévères ont eu lieu au cours des dernières années et il est reconnu que les manques d’eau affecteront de plus en plus le Québec dans le contexte des changements climatiques. Cependant, les conséquences des manques d’eau sévères sont encore très peu documentées.
La première phase du projet CASCADES (2022-2024) a permis de dresser un premier portrait des conséquences possibles des déficits en eau sur l’ensemble du Québec méridional. Cette deuxième phase du présent projet vise à bâtir sur ces résultats à l’échelle provinciale afin de creuser la chaîne de conséquences au sein de deux territoires pour lesquels la situation est appelée à se dégrader dans les prochaines années. Il s’agit d’une part des zones de gestion intégrée de l'eau par bassin versant de la rivière Nicolet, dans le Centre-du-Québec ; et d’autre part de la zone de gestion intégrée de l'eau par bassin versant de la rivière du Nord.
L’intérêt du projet réside dans son objectif d’amorcer une documentation de la chaîne de propagation des conséquences grâce à des consultations avec les acteurs de l’eau des deux territoires impliqués, et ce, en s’appuyant sur les trames narratives développées à la Phase 1 du projet.
Ce projet s'est déroulé en deux phases dont la première s'est terminée en 2024.
Objectif(s)
L’objectif général du projet est de documenter la chaîne de conséquences à l’échelle locale d’un épisode d’étiage sévère futur, de la modification des conditions hydroclimatiques, jusqu’aux conséquences sur les écosystèmes, les usages et le bien-être des communautés pour la zone de gestion intégrée de l'eau par bassin versant de la rivière du Nord (Abrinord) et celle de la rivière Nicolet (COPERNIC).
Démarche
La démarche proposée se déroulera en trois étapes :
Consultation des acteurs locaux : en collaboration avec les Organismes de bassins versants (OBV) impliqués pour les territoires à l’étude, 8 à 12 intervenants par territoire seront identifiés pour prendre part à la démarche (webinaire d’introduction au projet, participation à un entretien individuel ou un groupe de discussion en virtuel).
Adaptation des trames narratives aux territoires ciblés et réalisation d’un atelier de mise en situation pour chacun des territoires à l’étude en présentiel. L’objectif de l’atelier sera d’amener les intervenants impliqués à identifier et à approfondir la cascade de conséquences potentielles d’un ’épisode d’étiage sévère en climat futur.
Préparation des livrables et diffusion des résultats sous forme de deux études de cas.
Résultats
Les constats sont qu’une dégradation de la disponibilité de l’eau tant en quantité qu’en qualité en climat + 3 degrés Celsius peut mener à une série de conséquences touchant les écosystèmes, les usages de l’eau et ultimement les communautés.
Pour les écosystèmes, une dégradation des milieux aquatiques et riverains peut se manifester par : la hausse des températures d’eau, une baisse de l’oxygène dissous, de la mortalité d’organismes (dont des poissons), la prolifération de cyanobactéries, l’assèchement d’habitats qui en cause la perte durant les étiages et la propagation d’espèces floristiques exotiques envahissantes.
Les conséquences sur les usages anthropiques peuvent elles aussi être sévères lors d’un épisode critique. Si les premières conséquences consistent généralement en des restrictions sur les usages non essentiels, d’autres conséquences peuvent survenir comme par exemple des baisses de pression dans les réseaux de distribution et des avis d’ébullition préventifs. L’économie régionale pourrait également être affectée. Par exemple, les agriculteurs pourraient subir des pertes de rendement importantes, de même que les entreprises récréotouristiques basées sur des activités nautiques.
Le projet a mis en lumière des conséquences sanitaires pour les hôpitaux, écoles, garderies, prisons et résidences pour aînés qui peuvent se retrouver potentiellement fragilisés par des baisses de pression et des avis d’ébullition prolongés en l’absence de source alternative d’eau potable ou encore pour les propriétaires de puits privés dont la qualité de l’eau pourrait être dégradée lorsque les niveaux sont bas.
Au-delà des impacts physiques et économiques, il y a un risque tangible d’érosion de la cohésion sociale lorsqu’une ressource devient rare : intensification de la compétition et des tensions entre usagers, multiplication du non-respect des restrictions d’usage. La désinformation, notamment sur les réseaux sociaux, accentue l’instabilité sociale, tandis que la confiance envers les autorités locales peut s’effriter.
Ainsi, la gestion du manque d’eau devient non seulement un défi hydrologique, mais également un défi de gouvernance, de communication et d'équité (Figure 1).

Figure 1 : Chaînes de conséquences entre les approvisionnements municipaux, la santé des populations et la cohésion sociale
Des récits territoriaux fictifs ont été élaborés pour chaque territoire étudié afin de rendre tangibles des situations plausibles de manque d’eau dans un climat futur. Ils se sont révélés utiles pour mobiliser les acteurs, soutenir la réflexion collective, anticiper les risques et stimuler l’action préventive.
Enfin, plusieurs pistes d’actions ont été identifiées pour renforcer la résilience des territoires à des manques d’eau : approfondir et étendre l’approche par trame narrative à d’autres régions du Québec ; structurer l’allocation équitable et durable de la ressource en période d’étiage ; renforcer la gouvernance de l’eau en contexte de rareté ; consolider la planification des mesures d’urgence hydrique ; favoriser l’émergence d’une culture de l’eau et développer des stratégies de communication permettant de maintenir la confiance du public.
Retombées pour l'adaptation
Retombées pour l'adaptation
Compréhension plus tangible des conséquences territoriales face aux manques d’eau sévères.
Démonstration de la pertinence des trames narratives pour faciliter l’appropriation des connaissances et mobiliser les acteurs de l’eau.
Identification de pistes d’action et de connaissances à développer pour soutenir une transition vers une approche de la gestion des épisodes de manque d’eau plus proactive et arrimée aux réalités territoriales.
Publications scientifiques
Financeur(s)
Projets connexes
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