Forêt
Comment les changements climatiques affectent-ils les forêts québécoises?
La diversité des forêts et de la végétation québécoise est grande, à l’image de l’étendue de la province. Avec les changements climatiques, les variations de températures et de précipitations n’auront donc pas nécessairement les mêmes effets sur les régions ni sur les espèces forestières.
Cela dit, on observe déjà des conséquences sur les écosystèmes forestiers, notamment sur :
1. Le changement de distribution des habitats forestiers
2. L’augmentation des épidémies d’insectes et des maladies
3. L’augmentation de la fréquence et l’intensité des sécheresses et des feux de forêt
4. La réduction des services écosystémiques liés à la biodiversité forestière
5. Les changements dans la croissance des arbres
Changements dans la distribution des habitats forestiers
Chaque espèce d’arbres réagit différemment aux conditions climatiques et à son environnement, notamment à la disponibilité de l’eau, aux nutriments du sol et à la compétition avec les autres arbres. Les changements climatiques, notamment la hausse des températures, peuvent donc modifier la distribution des espèces végétales et la composition des forêts.
Un arbre planté aujourd’hui dans une zone climatique adaptée à son développement pourrait connaître un climat différent lorsqu’il atteindra l’âge adulte. Les projections climatiques indiquent en effet que les zones de viabilité climatique, c’est-à-dire les zones géographiques favorables au développement des arbres, pourraient se déplacer progressivement vers d’autres endroits, particulièrement vers le nord.
En conséquence, 5 à 20% des habitats forestiers pourraient devenir inadéquats pour certaines espèces d’arbres d’ici la fin du siècle. L’évolution de la distribution des espèces végétales pourrait perturber les fonctions écologiques des forêts, tout comme les types de bois disponibles pour l’industrie forestière.

Figure 1 : Zone actuelle (1971-2000) par rapport à la zone projetée (2071-2100) de viabilité climatique du peuplier faux-tremble (Populus tremuloides) au Canada selon le scénario des profils représentatifs d’évolution de concentration (RCP 8.5) qui suppose une augmentation continue des émissions. (Tiré de Ressources naturelles Canada, 2025).
Certaines espèces végétales pourraient ne pas être en mesure de s’adapter aux nouvelles conditions climatiques et ne pas réussir à migrer pour suivre ces changements. La santé et la productivité de ces zones forestières pourraient également diminuer et entrainer des répercussions sur l’industrie forestière. En contrepartie, certaines espèces, notamment de feuillus, comme le bouleau gris ou le caryer cordiforme, pourraient être avantagées par les températures plus clémentes.
Épidémies d'insectes et maladies
Les forêts du Québec sont déjà aux prises avec de nombreux insectes ravageurs tels que la tordeuse des bourgeons de l’épinette, l’agrile du frêne et la livrée des forêts. L’augmentation des températures permet à ces espèces d’étendre leur aire de répartition vers le nord. Par exemple, les épidémies de tordeuse des bourgeons de l’épinette pourraient diminuer dans le sud de la province : ces insectes pourraient se déplacer vers le nord et affecter davantage d’autres peuplements comme l’épinette noire ou l’épinette de Norvège.
En favorisant l’augmentation du nombre de générations de certains ravageurs, le réchauffement climatique pourrait également modifier les relations entre les insectes et leurs hôtes. Enfin, le réchauffement des températures pourrait favoriser l’arrivée au Québec d’espèces d’insectes ou de maladies jusque-là limitées par le froid.
Photo : Tordeuse des bourgeons de l'épinette (source : RNCan)
Pour en savoir plus : Cartographie bioclimatique des insectes et des agents pathogènes
Définition | Nombre de générations
Le nombre de générations fait référence au nombre de fois qu’une espèce se reproduit par année. Par exemple, la tordeuse des bourgeons de l’épinette et la livrée des forêts produisent normalement une seule génération par année.
Pour en savoir plus : Cartographie bioclimatique des insectes et des agents pathogènes
Sécheresse
La sécheresse peut perturber les forêts en entravant la croissance des arbres, en accroissant leur vulnérabilité aux insectes et aux maladies, voire en entraînant leur mortalité. Dans les forêts boréales du Canada, des épisodes de sécheresse se produisent naturellement, et certaines espèces y résistent mieux que d’autres. Par exemple, le pin gris est parmi les essences les moins touchées. Toutefois, même les espèces les plus résilientes peuvent souffrir des sécheresses, lorsque celles-ci deviennent plus fréquentes ou plus intenses.
Les changements climatiques risquent d’augmenter la fréquence et l’intensité des sécheresses. Celles-ci pourraient provoquer des changements considérables sur les écosystèmes forestiers, en impactant aussi bien la santé et la productivité des arbres, que le succès de leur régénération. Par ailleurs, les conditions de sécheresse augmentent le risque de feux de forêt de manière considérable.
Feux de forêt
Les feux de forêt évoluent sous l’effet des changements climatiques. En raison des temps plus chauds et plus secs que la normale, les conditions météorologiques propices au feu se modifient.
Sur le plan écologique, des incendies plus fréquents et plus intenses dégradent la biodiversité et les services écosystémiques des forêts. Sur le plan social, les feux de forêt impactent négativement la santé physique et mentale des populations exposées aux feux de forêt. Finalement, sur le plan sociétal, l’approvisionnement en bois plus difficile engendre des impacts économiques importants et les coûts d’évacuation et les dommages aux infrastructures peuvent devenir significatifs.
Projet de recherche | Capacité de régénération suite aux feux/coupes, de remise en production et de croissance des peuplements juvéniles/immatures en forêt boréal
Les résultats de ce projet permettent aux gestionnaires forestiers d’évaluer le potentiel de développement de la foresterie dans les territoires nordiques et d’identifier les pratiques adaptées aux perturbations naturelles liées aux changements climatiques.
Webinaire | Feux de forêt : le Canada est entré dans le pyrocène : Que nous réserve l'avenir?
Projet de recherche | Analyses économiques des mesures d’adaptation aux feux de forêt pour le Québec
Ce projet fournit une analyse des impacts économiques des feux de forêt en contexte de changements climatiques pour le Québec. Il analysera aussi la rentabilité des solutions d’adaptation pour une prise de décision éclairée.
Changements dans la croissance des arbres
Dans les zones nordiques du Québec qui sont actuellement limitées par des températures trop froides, l’augmentation des températures et l’allongement de la saison de croissance pourront avoir des effets positifs sur la croissance des arbres.
Dans le sud de la province, les effets attendus du réchauffement sont plus nuancés. Il pourrait faire baisser de manière significative la croissance des essences résineuses. Tandis que la croissance et la productivité des essences thermophiles (p.ex l’érable rouge, le chêne rouge, la pruche du Canada et le hêtre à grandes feuilles) devraient augmenter, sans pour autant compenser le déclin de productivité des espèces résineuses.
De plus, les changements mentionnés ci-dessus (l’augmentation des conditions de sécheresse ainsi que l’aggravation des feux et des épidémies) sont aussi des facteurs limitants à la croissance des arbres.
Réduction des services écosystémique liés à la biodiversité forestière
Les forêts, qui abritent une riche biodiversité et jouent un rôle clé dans la régulation des processus environnementaux, la fourniture de ressources et le soutien aux communautés, sont essentielles au maintien de l’équilibre des écosystèmes.
Cependant, les conséquences des changements climatiques, combinées aux perturbations liées aux activités humaines (telles que la déforestation), contribuent à la dégradation, voire au dépérissement des forêts. Cette situation entraîne une réduction des services écosystémiques associés à la biodiversité forestière, affectant à la fois la résilience des milieux naturels et la qualité de vie des communautés humaines. Dans ce contexte, des stratégies de gestion durable des forêts, axées notamment sur la conservation et le développement économique, sont indispensables pour protéger ces écosystèmes et préserver les services qu’ils rendent.
Influence des changements climatiques sur le secteur forestier
Le secteur forestier du Québec fournit plus de 57 000 emplois. Il contribue d’ailleurs à la vitalité de centaines de municipalités. L’industrie forestière subira les impacts des changements climatiques de différentes façons et devra inévitablement s’adapter à plusieurs niveaux.
Les volumes de bois récoltés pourraient diminuer à cause de la détérioration de la productivité des écosystèmes forestiers. Certaines essences forestières principales, représentant jusqu’à 72 % du volume total d’arbres marchands, pourraient ne plus être compatibles avec leur zone d’habitat actuel d’ici la fin du 21e siècle. La qualité du bois exploité, touché par des épidémies, des sécheresses ou des feux, pourrait également diminuer.
Ainsi, l’ensemble de l’aménagement forestier et de la planification forestière sera confronté aux défis des changements climatiques. Les gestionnaires forestiers doivent donc prendre en compte cette nouvelle réalité et préparer les forêts d’aujourd’hui au climat de demain, et ce, en adaptant leurs pratiques.
Projet de recherche | Impacts des feux de forêt sur le secteur forestier québécois dans un climat variable et en évolution
Les conséquences sur l'acériculture
Le Québec est bien connu pour son importante production de sirop d’érable, une activité étroitement liée aux conditions climatiques. En raison de l’augmentation des températures et des changements de saisonnalité des événements de gel-dégel, les premières coulées pourraient être plus précoces et la saison des sucres plus courtes.
Les régions plus au sud du Québec pourraient ainsi connaître une diminution de leur production. Ce sont les régions acéricoles plus nordiques qui pourront se retrouver gagnantes, les températures idéales pour la production de sirop se déplaçant vers le nord.
Les redoux hivernaux affecteront aussi les dynamiques des réserves d’énergie des arbres, par exemple la quantité de sucre dans la sève d’érable. Celle-ci sera probablement moins sucrée, ce qui pourrait diminuer les rendements acéricoles.
Enfin, la santé des érables et des érablières pourrait également être affectée par les sécheresses plus intenses et fréquentes et les épidémies d’insectes, comme la spongieuse. Ces menaces risquent d’affaiblir les arbres en réduisant leurs réserves d’énergie, essentielles à la production de sirop et à leur survie.
Projet de recherche | Acériculture et changements climatiques: Identifier les préoccupations des acériculteurs et leur transmettre la meilleure information pour promouvoir et favoriser l’adaptation
Parmi plusieurs activités économiques, la production de sirop est l’une des plus directement reliée au climat et particulièrement au climat printanier. Une augmentation de la variabilité climatique inter annuelle est de nature à inquiéter les producteurs qui redoutent les répercussions potentielles des changements climatiques sur le déplacement de la saison et le rendement à l’entaille.
Présentation | Vulnérabilité des érablières au changement climatique et mesures d’adaptation spécifique
Dernière mise à jour de la page : février 2026.